jeudi 14 février 2013

Berlinale 2013 - chronique des films français (et autres) : Camille Claudel 1915

La Berlinale est un des seuls grands festivals de Cinéma à permettre au public non professionnel de pouvoir assister à la projection de films en compétition ou non. Dans ce cadre, le spectateur cinéphile a vraiment de quoi faire. Pendant dix jours, des films inédits, des documentaires, des rétrospective des films allemands de la période de Weimar sont projetés. Dans ce cadre, je vais vous faire quelques chroniques des films auxquels j'ai eu la chance d'assister.  Mes choix se sont tournés pour la plupart sur des films français présents en masse pendant cette quinzaine :


Camille Claudel 1915 - De Bruno Dumont avec Juliette Binoche et Jean-Luc Vincent 
Une plongée vertigineuse dans la folie 


Voilà un film qu'on pourrait qualifier de très ambitieux à la fois en raison de son thème mais aussi de ses acteurs. Dumont est semble-t-il connu pour choisir des acteur non professionnels, il fait pourtant appel cette fois-ci au comédien de théâtre Jean Luc Vincent et la multi primée Juliette Binoche pour ce projet. Ne connaissant que très peu l'histoire de Camille Claudel, je m'attendais à un biopic sur la vie de sculptrice de l'artiste aux côtés de Rodin à Paris. Mais ce n'était en aucun cas ce qui est montré :

L'action se passe dans une maison de santé près d'Avignon où Mme Claudel a été internée par sa famille. On se trouve donc enfermés aux côtés de Mme Claudel dans ce qu'on pourrait appeler une maison de fous en 1915. La mise en scène est très crue, le spectateur est littéralement plongé dans cette atmosphère pesante, aucune musique, des personnes déficientes mentales filmées en gros plan. Au milieu de tout cela, Camille que nous découvrons semble à bout de souffle comme si elle venait d'affronter une épreuve terrible. Elle ne se lave pas, elle refuse de se nourrir comme les autres de peur qu'on l'empoisonne et prépare elle-même tous ses repas. Tout est paranoïa pour Camille qui ne supporte ni ses co pensionnaires, ni les soeurs qui les accompagnent dans tous les gestes de la vie courante. Elle est seule, enfermée dans cette prison et ne comprend pas pourquoi tout le monde l'a abandonnée. Cependant, son frère Paul Claudel continue de correspondre avec elle et lui rend visite à quelques occasions. On assiste hébété à une scène très forte lors d'un rendez-vous avec le médecin où Camille livre son ressenti profond de cette situation, le docteur ne lui répond rien comme si la scène s'était répétée pour lui des milliers de fois.

La deuxième partie avec l'intervention du frère est très forte émotionnellement également. Lui n'est pas "fou" mais habité par un très fort mysticisme. Le catholicisme et la foi imprègnent toutes ses paroles.Les décors du sud de la France et de la région d'Avignon au printemps semble-t-il (ciel bleu et un peu de vent) donne un aspect très solaire aux décors d'ensemble du film lorsque les personnages se meuvent hors de l'asile.

Le film est dans la veine du cinéma de Maurice Pialat ou Pasolini avec une mise en scène un peu plus développée , naturaliste sans fioritures afin de se coller au plus près du ressenti des personnages. Un grand moment qui vous laisse une grosse claque, surtout lorsque cela n'était pas attendu.  Cependant, il pourra sembler ennuyeux pour certains en raison de la présence de très peu de dialogues et d'un propos très sec. Il faut dans ce cas accepter de se laisser imprégner par l'ambiance. Bravo aux acteurs, Juliette Binoche est une grande actrice et le prouve encore une fois. Jean Luc Vincent est également profondément habité, je ne le connaissais pas avant ce film et c'est une très belle surprise. 





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